Édition Mabele Ya Bozui — Actualités & Ressources.
Pour les PME, le défi de la ZLECAf est l’obtention du certificat d’origine, sésame indispensable pour accéder aux tarifs préférentiels. Sa complexité administrative, son coût et l’opacité des procédures transforment cette opportunité en un obstacle majeur pour les entrepreneurs de Kinshasa et Douala, limitant leur expansion continentale.
Synthèse adaptée pour la communauté Mabele Ya Bozui à partir d’une analyse signée Afya Rise Africa.
Dans un atelier bouillonnant de la Gombe à Kinshasa, ou au cœur du marché Mboppi à Douala, le son est le même : celui de la création. Une machine à coudre qui vrombit, le cliquetis des outils sur le cuir, le rire d’une équipe qui emballe une première commande pour Lagos ou Nairobi. La promesse panafricaine de la ZLECAf semble à portée de main, vibrante et concrète. Et puis, le silence. Un formulaire. Le fameux « certificat d’origine ». Soudain, l’élan créatif se heurte à un mur de jargon administratif. Pour la **ZLECAf**, la **PME** est au cœur du réacteur, mais comment transformer cette barrière de papier en véritable passeport pour le continent ?
## Le Certificat d’Origine : Clé de Voûte et Casse-Tête
Au cœur du mécanisme de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), le certificat d’origine est le document qui atteste que les marchandises ont été produites dans un État membre. C’est le sésame qui permet de bénéficier des tarifs douaniers préférentiels, voire nuls. Sans lui, un produit « made in Cameroun » est traité comme un produit « made in China » à son arrivée au Congo, annulant tout l’avantage compétitif promis par l’accord.
Pour les grandes entreprises disposant de services juridiques et logistiques dédiés, l’obtention de ce document est une procédure. Pour une PME de Kinshasa ou de Douala, c’est souvent un parcours du combattant.
**Les défis identifiés sur le terrain :**
1. **Complexité et Opacité :** Les critères pour définir un produit comme « originaire » sont complexes (ex: règle du « changement de position tarifaire », « valeur ajoutée régionale »…). L’information est souvent dispersée, technique et difficile d’accès pour un entrepreneur dont le métier est de créer, pas de déchiffrer des codes douaniers.
2. **Le Coût et le Temps :** La procédure n’est pas gratuite. Entre les frais administratifs, le temps passé à rassembler les preuves de production locale (factures de matières premières, fiches de paie…), et les allers-retours auprès des administrations (Chambres de Commerce, Ministères…), le coût d’opportunité devient énorme.
3. **La Digitalisation à Deux Vitesses :** Si des plateformes en ligne émergent, leur adoption est inégale. À Kinshasa, la connectivité peut être un frein. À Douala, la maîtrise des outils numériques n’est pas universelle. La fracture numérique crée une nouvelle forme d’inégalité face à l’accès au marché.
## Voix d’Entrepreneurs : L’Exemple de « Kivu Roots » et « Douala Design »
**Marie, fondatrice de « Kivu Roots » (cosmétiques bio à Kinshasa) :**
> « J’ai voulu exporter mes huiles vers le Gabon. On m’a parlé de la ZLECAf comme d’une révolution. Dans les faits, j’ai passé deux mois à essayer de comprendre comment prouver que mes noix de karité, même si elles viennent du Nord, une fois transformées à Kinshasa, rendaient mon produit ‘originaire du Congo’. J’ai failli abandonner. Le coaching m’a aidée à structurer mon dossier, mais l’énergie dépensée aurait pu servir à trouver de nouveaux clients. »
**Paul, gérant de « Douala Design » (mobilier en bois recyclé) :**
> « Notre défi est la traçabilité. Pour le certificat, je dois prouver l’origine de chaque pièce de bois. Quand on fait de l’upcycling, c’est un vrai casse-tête. Les agents de la Chambre de Commerce sont coopératifs mais eux-mêmes semblent parfois naviguer à vue. On a l’impression que les règles ont été pensées pour l’industrie lourde, pas pour l’économie circulaire et créative que nous représentons. »
## Vers des Solutions Concrètes : Le Rôle du Business Coaching
Le constat est clair : sans un accompagnement ciblé, la promesse de la ZLECAf restera lettre morte pour des milliers de PME. C’est ici que le business coaching devient non plus un luxe, mais un investissement stratégique.
**Comment un programme de coaching peut-il faire la différence ?**
* **Décryptage et Vulgarisation :** Traduire le jargon douanier en un plan d’action clair et personnalisé pour l’entreprise.
* **Structuration des Opérations :** Aider la PME à mettre en place les process de traçabilité et de documentation nécessaires en amont, pour que la demande de certificat devienne une simple formalité.
* **Mise en Réseau :** Connecter les entrepreneurs avec les bons interlocuteurs (agents douaniers formés, transitaires spécialisés, juristes…) pour fluidifier les démarches.
* **Plaidoyer Stratégique :** Agréger les retours du terrain pour nourrir un dialogue constructif avec les instances nationales et panafricaines, afin d’adapter les procédures à la réalité des PME.
La ZLECAf n’est pas qu’un accord commercial ; c’est un projet de civilisation. Pour qu’il tienne sa promesse, il doit s’incarner dans le succès de chaque entrepreneur, de Kinshasa à Douala, de Dakar à Addis-Abeba. L’accompagnement est le pont qui reliera l’ambition du traité à la réalité du terrain.
Pour aller plus loin avec Mabele Ya Bozui
Cet article fait partie de notre veille Actualités & Ressources dédiée aux entrepreneures et porteurs de projet du Congo et d’Afrique francophone. Retrouvez d’autres décryptages dans la rubrique Actualités Blog.
Analyse originale et version longue à lire sur Afya Rise Africa — Journal.