Femmes entrepreneures et AfCFTA : exporter dans la zone de libre-échange

Édition Mabele Ya Bozui — Actualités & Ressources.

L’article explore l’impact de l’AfCFTA sur les PME dirigées par des femmes en Afrique francophone (RDC, Cameroun, Congo). Il souligne l’importance des règles d’origine pour l’industrialisation locale et présente des solutions technologiques comme le système de paiement PAPSS. L’analyse met en lumière les secteurs porteurs tels que l’agro-transformation et les services numériques, tout en abordant les défis logistiques et douaniers. Enfin, il positionne l’accompagnement stratégique comme condition sine qua non pour réussir son expansion continentale.

Synthèse adaptée pour la communauté Mabele Ya Bozui à partir d’une analyse signée Afya Rise Africa.

# Femmes entrepreneures et AfCFTA : exporter dans la zone de libre-échange

À l’aube, sur le tarmac de N’Djili à Kinshasa ou dans l’effervescence portuaire de Douala, une cargaison ne transporte jamais uniquement des marchandises. Elle véhicule une ambition, une géographie et, de plus en plus, une signature féminine. Longtemps, le commerce transfrontalier en Afrique centrale a été perçu soit comme l’apanage des multinationales minières, soit comme une activité informelle de survie. Aujourd’hui, un nouveau paradigme émerge : celui d’une intégration structurée où les **femmes entrepreneures et l’AfCFTA** (ZLECAF) forment un binôme stratégique pour redessiner les flux économiques du continent.

L’Accord sur la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine n’est pas qu’un traité diplomatique de plus stocké dans les tiroirs de l’Union Africaine à Addis-Abeba. C’est un levier opérationnel qui vise à supprimer les barrières tarifaires sur 90% des biens échangés. Pour la fondatrice d’une marque de cosmétiques à base de beurre de karité à Goma ou pour l’exportatrice de poivre de Penja à Douala, cela signifie que le marché n’est plus limité par des frontières héritées, mais élargi à 1,3 milliard de consommateurs.

## Sortir du mythe des grands groupes : l’AfCFTA à l’échelle PME

Une méprise persistante laisse croire que la zone de libre-échange est un terrain de jeu réservé aux géants du ciment ou des télécoms. Pourtant, la structure même de l’accord favorise les petites et moyennes entreprises (PME), qui constituent l’ossature de l’économie africaine. Pour les **femmes entrepreneures**, l’AfCFTA offre une opportunité de formalisation sans précédent.

L’enjeu majeur réside dans les règles d’origine. Pour bénéficier des tarifs préférentiels, votre produit doit être « suffisamment transformé » sur le continent. Ce critère est une incitation directe à l’industrialisation locale. Au lieu d’importer des packagings de Chine, l’entrepreneure est poussée à sourcer ses intrants en Zambie ou au Congo-Brazzaville, créant ainsi des chaînes de valeur régionales circulaires.

## Les piliers opérationnels : PAPSS et SheTrades

L’exportation ne se résume pas à l’expédition d’un colis ; c’est une question de flux financiers et de conformité. Deux outils changent la donne pour le **commerce transfrontalier des femmes en RDC** et ailleurs :

1. **Le PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System) :** Ce système permet de régler des transactions transfrontalières en devises locales. Pour une femme d’affaires à Lubumbashi souhaitant acheter des machines à Nairobi, plus besoin de convertir ses Francs Congolais en Dollars US pour ensuite les convertir en Shillings Kenyans. Le gain de temps et de frais de change est massif.
2. **L’initiative SheTrades du Centre du Commerce International (ITC) :** Cette plateforme connecte les entrepreneures aux marchés mondiaux et régionaux. Elle offre des diagnostics d’exportation qui permettent de vérifier si votre produit répond aux normes phytosanitaires ou techniques du pays de destination.

## Secteurs à fort potentiel : de l’agritech à la mode éthique

Si l’on observe les dynamiques à Kinshasa ou à Libreville, certains secteurs se détachent par leur capacité à franchir les frontières rapidement. L’agro-transformation reste reine. Transformer le manioc en farine de haute qualité ou les fruits tropicaux en cosmétiques de luxe permet de capter la valeur ajoutée qui s’échappait autrefois vers l’Europe.

Le secteur des services et du numérique n’est pas en reste. Une agence de design à Brazzaville peut désormais exporter son expertise vers le Sénégal avec une reconnaissance facilitée des qualifications professionnelles, un volet crucial de l’accord sur le commerce des services.

## Naviguer entre les risques et la réalité du terrain

Tout n’est pas encore fluide. Les infrastructures logistiques restent le goulot d’étranglement principal. Envoyer un conteneur de Douala à Lagos coûte parfois plus cher que de l’envoyer à Rotterdam. De plus, le harcèlement aux frontières et le manque d’information sur les procédures douanières pénalisent de manière disproportionnée les femmes.

Il est impératif de s’armer de patience et de réseaux. Des structures comme le **Bingwa Hub** ou les programmes d’accompagnement comme **Orange Corners** et **Expertise France** jouent un rôle de catalyseur en fournissant l’assistance technique nécessaire pour décrypter les nomenclatures douanières complexes.

## L’expertise Afya : passer de la vision à l’expédition

L’AfCFTA ne sera une réussite que si elle est inclusive. Cela demande un changement de posture : passer de la « débrouille » à la stratégie d’exportation. Cela implique de protéger sa propriété intellectuelle (OAPI), d’obtenir des certifications de qualité et de maîtriser les incoterms.

Chez Afya Rise Africa, nous croyons que la croissance de demain se joue dans l’interconnexion de nos capitales. L’ambition n’est plus d’être la meilleure de sa ville, mais d’être compétitive de Casablanca au Cap.

Pour transformer ces opportunités théoriques en flux de trésorerie réels, l’accompagnement est le meilleur investissement. Notre programme **afya-business-accelerator** a été conçu précisément pour structurer cette montée en puissance. Il aide les dirigeantes à auditer leur capacité d’exportation, à optimiser leur supply chain et à lever les fonds nécessaires pour scaler à l’échelle continentale. Le marché africain vous attend ; la question n’est plus de savoir si vous allez exporter, mais quand vous ferez le premier pas vers cette nouvelle frontière.


Pour aller plus loin avec Mabele Ya Bozui

Cet article fait partie de notre veille Actualités & Ressources dédiée aux entrepreneures et porteurs de projet du Congo et d’Afrique francophone. Retrouvez d’autres décryptages dans la rubrique Actualités Blog.

Analyse originale et version longue à lire sur Afya Rise Africa — Journal.